Chapitre 1 — L’homme qui savait tout

Daniel resta immobile au milieu du petit appartement, la lettre froissée entre les doigts.

« Ton père savait exactement où nous étions toutes ces années. »

Il relut ces mots plusieurs fois, espérant découvrir une autre signification. Mais les lettres demeuraient les mêmes, implacables, comme si Emily avait attendu vingt ans pour lui révéler une vérité qu’il n’aurait jamais imaginée.

Derrière lui, Lucas pleurait silencieusement.

— Daniel, où est ma maman ?

Daniel se retourna immédiatement. Il s’agenouilla devant le garçon et posa doucement les mains sur ses épaules.

— Je vais la retrouver, Lucas. Je te le promets.

— Tu as promis de ne plus partir ?

Cette question lui transperça le cœur.

— Oui. Je ne partirai pas sans te dire où je vais. Et je ne te laisserai pas seul.

Lucas détourna les yeux.

— Les gens disent toujours ça.

Daniel ne tenta pas de se défendre. Il savait que chaque promesse prononcée devant cet enfant devait désormais être accompagnée de preuves.

Il se releva et observa attentivement la pièce.

La tasse d’Emily était encore posée sur la table. Son manteau avait disparu, ainsi que son sac contenant ses documents médicaux. Rien ne semblait avoir été renversé, mais une chaise se trouvait légèrement déplacée près de la fenêtre.

Daniel s’approcha.

Sur le rebord, il aperçut une petite enveloppe blanche qu’il n’avait pas remarquée auparavant. Elle était coincée derrière un pot de fleurs presque desséché.

À l’intérieur se trouvait un morceau de papier portant trois mots :

« Hôtel Saint-Claire. Chambre 214. »

Daniel fronça les sourcils.

— Lucas, connais-tu cet endroit ?

Le garçon secoua la tête.

— Non. Mais maman avait peur depuis quelques jours.

Daniel se retourna brusquement.

— Peur de quoi ?

Lucas réfléchit avant de répondre.

— Elle disait que quelqu’un nous observait. Un soir, j’ai vu une voiture noire devant notre immeuble. Elle était encore là le lendemain matin. Quand j’en ai parlé à maman, elle m’a demandé de ne jamais ouvrir la porte à un inconnu.

Daniel sentit son estomac se nouer.

Une voiture noire.

Il en possédait plusieurs, mais son père aussi.

Et Richard Brooks avait les moyens de payer des personnes pour surveiller n’importe qui.

Daniel sortit son téléphone et appela son avocat, James Carter.

— James, j’ai besoin de toi immédiatement. Emily a disparu. Je pense que mon père est impliqué.

Il entendit son interlocuteur se redresser à l’autre bout du fil.

— Daniel, qu’est-ce qui s’est passé ?

— Je t’expliquerai plus tard. J’ai besoin que tu contactes les autorités et que tu m’aides à retrouver une personne disparue. Je veux que tout soit fait légalement. Aucun affrontement, aucune menace. Je veux savoir où elle est.

— Et ton père ?

Daniel regarda la lettre.

— Cette fois, je ne le laisserai pas contrôler la situation.

Il raccrocha, prit Lucas par la main et se dirigea vers la sortie.

Mais avant de quitter l’appartement, il remarqua quelque chose d’étrange.

Sur la petite table, sous la photographie de la naissance de Lucas, quelqu’un avait laissé une enveloppe plus ancienne. Le papier était jauni, et une inscription apparaissait dans le coin supérieur gauche.

Richard Brooks.

Daniel sentit son cœur s’accélérer.

Il ouvrit l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvait une copie d’un document officiel, accompagnée d’une lettre portant la signature de son père. Le texte faisait référence à un transfert financier effectué vingt ans auparavant, quelques jours seulement après la naissance de Lucas.

Le montant était considérable.

Le destinataire était une société dont Daniel n’avait jamais entendu parler.

Mais une phrase, écrite à la main au bas du document, attira immédiatement son attention :

« Assurez-vous que cette affaire ne remonte jamais jusqu’à mon fils. »

Daniel relut la phrase.

Cette fois, il n’avait plus aucun doute.

Son père n’avait pas seulement caché Emily et Lucas.

Il avait peut-être payé quelqu’un pour s’assurer qu’ils resteraient à l’écart de sa vie.

Et si Emily avait découvert la vérité, sa disparition n’était probablement pas une coïncidence.

Chapitre 2 — La chambre 214

L’hôtel Saint-Claire se trouvait dans un quartier ancien, à une quarantaine de minutes de route de l’appartement d’Emily.

Le bâtiment était modeste, presque oublié au milieu des immeubles modernes qui l’entouraient. Sa façade portait les traces du temps, et une enseigne lumineuse clignotait au-dessus de l’entrée.

Daniel laissa Lucas dans le SUV avec une employée de son entreprise, qu’il avait appelée pour veiller sur lui. Il ne voulait pas exposer le garçon à une situation potentiellement dangereuse.

Avant de partir, il s’accroupit devant lui.

— Je vais vérifier quelque chose. Je reviendrai rapidement.

Lucas attrapa sa manche.

— Et si tu ne trouves pas maman ?

Daniel sentit sa gorge se serrer.

— Alors je continuerai à chercher.

Il entra dans l’hôtel.